S'auto-éditer ne consiste pas à se passer d'éditeur. Cela consiste à devenir éditeur : à assumer, seul, les huit métiers qu'une maison répartit entre huit personnes — la correction, la couverture, la mise en page, le dépôt légal, la diffusion, le prix, la comptabilité, la promotion.
Rien là-dedans n'est hors de portée. Mais chacun de ces métiers a en France des règles précises, et c'est de les ignorer, plus que d'écrire mal, que viennent la plupart des déceptions.
Les trois voies, et ce qu'elles coûtent réellement
L'impression à la demande
Le livre n'est fabriqué qu'une fois commandé. Aucun stock, aucune avance de trésorerie, une marge par exemplaire plus faible. C'est la voie par défaut aujourd'hui, et celle qui permet de se tromper sans que l'erreur se paie en cartons stockés dans un garage.
Le numérique seul
Un fichier EPUB diffusé sur les plateformes. Coût de fabrication nul, marge la plus élevée, mais un marché du livre numérique qui reste minoritaire en France comparé aux pays anglophones. Excellent complément, rarement un plan à lui seul.
Le compte d'auteur
Vous payez une structure pour fabriquer un tirage. C'est la voie où se logent les mauvaises surprises : un contrat qui promet une diffusion en librairie sans l'organiser, un stock à votre charge, des droits parfois cédés. Lisez la clause de diffusion et la durée de cession avant tout le reste.
Ce que la loi française vous demande
En publiant vous-même, vous devenez éditeur au sens juridique, avec les obligations qui vont avec. Elles sont peu nombreuses et faciles à remplir, mais elles ne sont pas facultatives.
L'ISBN. Il est attribué en France par l'AFNIL et identifie le livre dans toute la chaîne commerciale. Un ISBN fourni gratuitement par une plateforme fonctionne, mais désigne cette plateforme comme éditeur ; un ISBN pris à votre nom vous laisse libre de changer de prestataire sans changer d'identifiant.
Le dépôt légal. Tout livre diffusé en France est déposé à la Bibliothèque nationale de France. C'est une obligation de l'éditeur, donc la vôtre, et elle inscrit durablement votre titre dans le catalogue national.
Le prix unique du livre. La loi Lang impose que vous fixiez un prix de vente public, identique partout, les remises des revendeurs étant plafonnées à 5 %. Vous ne pouvez donc pas brader votre livre sur une plateforme et le vendre plein tarif ailleurs.
Le statut et les revenus. Les droits d'auteur perçus relèvent d'un régime fiscal et social particulier. Dès que les ventes deviennent régulières, un point avec un comptable coûte moins cher qu'une régularisation deux ans plus tard.
Les trois postes où il ne faut pas économiser
Un livre auto-édité est jugé en quelques secondes sur des signaux qui n'ont rien à voir avec son texte. Trois d'entre eux décident presque tout.
La correction
Une relecture professionnelle est le seul poste dont l'absence se voit dès la première page. Vous ne pouvez pas corriger votre propre texte : vous lisez ce que vous avez voulu écrire.
La couverture
Elle doit d'abord dire le genre, et être lisible en vignette de la taille d'un timbre. Une couverture qui ne signale pas son rayon écarte les lecteurs qui auraient aimé le livre.
La mise en page
Marges, césures, gestion des veuves et orphelines : c'est ce qui distingue à l'œil nu un livre d'un document imprimé, avant même qu'on ait lu une ligne.
Le jour de la sortie n'est pas la fin
Un livre auto-édité ne se vend pas le jour de sa parution ; il se vend sur des mois, à mesure que les avis s'accumulent et que les lecteurs le trouvent. C'est une différence de rythme avec l'édition traditionnelle, où la nouveauté a quelques semaines pour exister en librairie.
Cela change la stratégie : mieux vaut un travail régulier et modeste — répondre aux lecteurs, solliciter des chroniques, tenir une page, préparer le livre suivant — qu'un effort concentré sur une semaine de lancement. Le meilleur outil de vente d'un premier roman auto-édité reste le second.
Si vous hésitez encore avec la voie traditionnelle, envoyer son manuscrit à un éditeur décrit ce que cette voie exige. Et si le manuscrit n'est pas terminé, le plan qui tient jusqu'au bout traite du problème qui se pose avant tous les autres.
Du manuscrit au fichier qu'attend la plateforme
Writer Atlas garde le livre entier dans une seule arborescence — chapitres, notes, personnages — et l'exporte en DOCX, PDF ou EPUB à partir du même texte, sans remise en forme manuelle entre deux formats. Le travail se synchronise entre le web, l'application de bureau et le mobile, et l'historique des versions permet de revenir à un état antérieur d'un chapitre.
Questions fréquentes
L'ISBN est-il obligatoire pour s'auto-éditer en France ?
Il n'est pas imposé par la loi, mais il l'est en pratique : sans ISBN, le livre ne peut être référencé par les libraires ni par les bases de données du secteur. Il s'obtient auprès de l'AFNIL, au nom de l'éditeur — c'est-à-dire vous.
Puis-je vendre mon livre moins cher sur une plateforme ?
Non. La loi sur le prix unique vous oblige à fixer un prix public identique partout, les revendeurs ne pouvant accorder qu'une remise de 5 % au maximum. Cela vaut aussi pour les ventes que vous réalisez vous-même.
Peut-on entrer en librairie en étant auto-édité ?
C'est possible localement, en dépôt, en démarchant les libraires indépendants de votre région. Une présence nationale en rayon suppose un diffuseur et un distributeur, ce qui reste hors de portée d'un titre isolé.
L'auto-édition ferme-t-elle la porte à un éditeur plus tard ?
Pas si vous restez propriétaire de vos droits. Un titre auto-édité qui a trouvé son public est même un argument. En revanche, un contrat à compte d'auteur qui cède les droits pour plusieurs années bloque effectivement toute reprise.
Quel budget prévoir pour un premier titre ?
L'essentiel du budget va à la correction professionnelle et à la couverture ; l'impression à la demande ne demande aucune avance. Tout ce qui est dépensé ailleurs avant d'avoir sécurisé ces deux postes est mal dépensé.